Forum international sur l'acteur Jonathan Rhys Meyers et le cinéma britannique!
 
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 Chapter 3

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xstiane
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MessageSujet: Chapter 3   Mar 14 Juil - 20:04

Voici le chapitre 3. J'attends avec impattience vos réactions. N'hésitez pas à me faire part de vos critiques car c'est plus constructif que les compliments, même si ça fait moins plaisir!
En tout cas, merci beaucoup à tout ceux qui me lisent.

Claire – dimanche 12 juillet 1998 – 16 heures

La petite voiture roule vite, trop vite, dans les petites rues désertes de Paris. La chaleur pèse au dessus de nous comme une chape de plomb. La douleur me serre les tempes et ma tête semble se vider à mesure. Comme le sablier de cuisine quand je fais cuire les oeufs à la coque. Je n'arrive plus à rassembler mes idées.
- Pourquoi fallait-il que nous y allions tout de suite? Ça ne pouvait pas attendre lundi?
- Non. Je te l'ai déjà dit.
- Ça ne me plait pas de laisser la petite toute seule comme ça.
- Ta fille a dix ans. Ce n'est plus un bébé!
- Ce n'est quand même qu'une enfant! Et je ne suis pas d'accord pour qu'elle reste seule trop longtemps. S'il y avait quelqu'un d'autre que nous pour s'en occuper, ça ne serait pas la même chose.
- C'est comme ça! Nous n'y pouvons rien. Si ta mère et ta soeur étaient moins connes, nous n'en serions pas là.
- De toutes manières, c'est toujours ma faute, alors... Et puis, ralentis un peu! Tu roules trop vite.
- Tu fais chier à la fin à toujours gémir!
- C'est toi qui fais chier! Tu ne penses qu'à toi, qu'à tes potes! Je te rappelle que j'existe aussi et que ce n'est pas ta musique qui nous fait vivre, mais mon travail. Et que j'aimerais pouvoir passer mon congé hebdomadaire avec ma fille et non pas à courir les rues pour ton bon plaisir.
- Tu n'as pas l'air de réaliser que c'est peut-être le contrat qui va lancer notre carrière.
- A l'âge que vous avez tous, beaucoup l'ont déjà presque terminée, leur carrière!
- Encore merci de ton soutien.
- Si je ne te soutenais pas, je t'aurais laissé y aller seul.
Je me tais, à bout d'arguments, à bout de forces. Un véritable gamin, égoïste et inconscient. Même ma fille est plus sensée que lui. Par moments, j'ai envie de partir. De le quitter. Un matin, je sais que je me lèverai, que je m'habillerai et que je partirai avec la petite, comme tous les matins. Mais je ne reviendrai pas. Je le sais. Et, à présent, cette pensée me laisse indifférente. Je ne ressens plus rien. Mon coeur est vide.

Il donne un coup de volant brusque pour éviter un vélo qu'il n'avait pas vu et qui déboule sur la gauche et mon bras vient heurter la portière. La douleur me hérisse les poils. La douleur et la colère. Il m'a fait mal! Il me fait mal! A nouveau, je me demande si je l'aime. Si je l'ai jamais aimé. Et aujourd'hui, je ne ne trouve pas la réponse. Je reste muette, exsangue. Des larmes que je ne peux retenir me brûlent les yeux. Je tourne la tête et je me concentre sur les plaques où sont écrits les noms des rues. Il faut que j'occupe mes pensées à quelque chose de neutre, que je les détourne de ce point douloureux vers lequel elles convergent toutes et où elles vont se heurter. Le sens de la vie. De ma vie. Je dois faire un effort pour lire car ma vue s'est troublée. Je sens qu'il a encore accéléré.
- Geoffrey, s'il te plait, va doucement!
- Et merde!
“Boulevard des Capucines”. Il faut à tout prix que je pense à autre chose. A quelque chose de joyeux. Les capucines. Ma petite chérie aime tellement ces fleurs. Il faudra que j'en sème sur le balcon au printemps prochain. Leurs petits visages rouges la font rire. Elle est si belle quand elle sourit. Un autre sourire passe dans le film de mes souvenirs. Deux yeux pervenche qui pétillent. Soudain, un feu rouge. Une voiture, rouge elle aussi. Juste devant nous. De plus en plus proche. Trop proche maintenant. Un coup de frein brusque et violent. Je sens tout mon corps se pencher en avant, lentement mais irrésistiblement. Je ne peux pas lutter. Je dois m'abandonner à cette force obscure qui m'aspire silencieusement comme un aimant, qui va bientôt m'absorber. Des séquences d'images au ralenti défilent sans bruit devant mes yeux stupéfaits. Ils voient le pare-brise se rapprocher lentement mais inexorablement. Puis, soudain, c'est la violence pure du choc frontal. Comme un flash d'obscurité, un éclair noir qui déchire en silence la lumière du jour et l'engloutit.
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MessageSujet: Re: Chapter 3   Mer 15 Juil - 9:15

Pitié! Ne nous fais pas attendre trop longtemps avant de pouvoir connaître la suite!!!! pale

J'aime beaucoup ton style mais la je dois reconnaître que c'est un peu confus au niveau des personnages. On ne voit pas bien qui est dans la voiture (même si j'ai ma petite idée sur leur identités). Je pense que le chapitre 4 va plus nous éclairer.

Gros ziboux bisous

P.s. Je me réjous de connaître la suite

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MessageSujet: Re: Chapter 3   Mer 15 Juil - 12:30

Kikou you!

Je suis bien contente que ça te plaise!

Mais ta critique m'aide aussi à avancer: c'est bien que tu me dises que c'est un peu confus parce que moi je ne m'en rends pas vraiment compte. Bien sûr j'ai l'avantage sur mes lecteurs de connaître l'histoire.... Ce qu'il faut me dire sincèrement c'est si cette confusion fait qu'on a pas envie de continuer ou si au contraire ça attise la curiosité du lecteur...

Ne compte pas trop sur le chapitre 4 (que je tacherai de poster ce soir - un chapitre tous les soirs, ce serait bien non?) pour t'éclairer sur la question. Il faut plutot relire les chapitres 1 et 2 car j'y mets toujours des indices.

Parce que c'est toi, je te donne la solution: dans la voiture, c les parents de Graziella. Mais je suis sûre que tu le savais!

Merci encore de ta collaboration.

Mille bisounours.
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MessageSujet: Re: Chapter 3   Mer 15 Juil - 17:23

C'est vrai que je m'en doutais car Graziella n'a jamais eu de petit ami.

Pour en revenir à ma critique, moi ça me donne envie de savoir la suit. C'est vrai que ça serrait bien un chapitre par soir mais si tu n'y arrive pas c'est pas grave.



bisous Je te fais plein de ziboux tout mouiller

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MessageSujet: Chapter 4   Mer 15 Juil - 19:58

Hello!

Voici le chapitre 4 pour les amateurs. N'hésitez surtout pas à me prévenir lorsque vous frôlez la surdose....

Graziella – dimanche 6 avril 2008 – 21 heures

Allongée sur mon lit, plongée dans l'obscurité et le silence, je ne parviens pas à trouver le sommeil. Mon corps se refuse à l'immobilité que je voudrais lui imposer. Comme des branches mortes abandonnées sur la plage, mes membres tournent et retournent au rythme des pensées qui me submergent. Le week-end a été long et pénible: il a plu jour et nuit sans discontinuer. Du coup, je n'ai même pas pu sortir un moment pour m'évader, pour échapper à ces démons inconnus qui ont pris possession de moi. C'est la première fois depuis la mort de mes parents que je me surprends à souffrir de la solitude, cette vieille douleur que je croyais avoir apprivoisée. J'aurais tant voulu que quelqu'un me parle aujourd'hui! De tout et de rien, juste pour faire du bruit, pour accaparer mon attention, pour m'empêcher d'écouter les idées troubles qui ne cessent de me harceler. Pour forcer mes pensées à quitter ces aller-retours épuisants et stériles entre le passé et le présent, entre mes fantasmes et la réalité.

Aujourd'hui, aucun des personnages familiers de mes histoires n'a pu me venir en aide. En fait, je n'arrive pas à vider ma tête et ce sont des milliers d'idées différentes et contradictoires qui m'assaillent et prennent possession de moi. Je hais profondément cet état d'esprit, je déteste mon incapacité à analyser et à juger les faits, je m'en veux de me laisser lâchement dominer par mes émotions et de toujours refuser de voir objectivement les choses. Mais plus le temps passe, plus mes pensées deviennent embrouillées et floues.

Durant ces deux jours, j'ai été incapable de dormir vraiment. Aussitôt que je ferme les yeux, tout me revient en force. Je peux me rappeller de chaque seconde, de chaque sensation, de chaque perception. Du silence bercé par le tic-tac de la pendule, du froid qui m'a glacée lorsque je suis entrée, puis de la tiédeur de sa poitrine, du picotement de ses cheveux sous mes doigts, de la douceur de sa peau, de son parfum, du tambour de son coeur, du murmure de sa voix grave tout près de mon oreille... Tout cela passe comme un rêve devant mes yeux, comme un film au ralenti que, sans arrêt, je revisionne malgré moi sans en comprendre tout à fait le sens.

Lorsque je pense à lui, je n'ose pas l'appeler par son prénom, même mentalement. Il y a une si grande distance entre nous! Pourtant, je me souviens du tumulte de son coeur, de la douceur de sa peau... Nous avons été si proches physiquement l'un de l'autre qu'il ne m'est plus possible de penser “Monsieur de Maubray”, ou “Monsieur le directeur général”. Je n'emploie qu'un pronom personnel: “lui”- pronom qui n'a précisément rien de personnel, qui me paraît plutôt banal même et auquel je voudrais ajouter quelque chose, une majuscule peut-être, un je-ne-sais-quoi, juste pour qu'il cadre un peu mieux avec cette sensation particulière que j'ai éprouvée à son contact, avec la singulatrité de la place qu'il a prise dans mes pensées.

Une obscure intuition me souffle que mon bonheur ne peut être que là, dans ses bras où j'ai vécu ce moment hors du temps, hors de moi-même. Une intuition obstinée, comme la pendule au mur. Je ne peux cependant ignorer que nous sommes presque totalement étrangers l'un à l'autre. Que nous n'appartenons pas et n'appartiendrons jamais au même monde. Je ne sais de lui que ce que j'en vois: sa beauté, sa position sociale, ses manières distantes et froides. De la réalité de sa vie, de ses sentiments, de son univers, j'ignore tout. De moi, il n'y a rien à savoir, rien à dire. Je n'ai rien: ni famille, ni ami, ni argent, ni rien du tout d'autre. Je n'ai même pas la moindre beauté physique ni le moindre talent. Je n'ai aucune importance, aucune consistance, aucune épaisseur. Je ne suis rien. Un ver de terre qui a approché une étoile! J'ai l'impression que je suis en train de devenir folle! Et pourtant, l'intensité de ce court moment passé près de lui est la plus belle chose qui me soit arrivée de toute ma vie. Et je veux garder cette chose blottie tout au fond de mon coeur comme un précieux trésor, comme si je pressentais qu'un jour il ne me resterait plus que la beauté de cet instant pour m'aider à survivre.

Parfois, j'essaie de me raisonner. Je ne cesse de me répéter que ce n'est pas lui qui m'a prise dans ses bras, et que, certainement, je n'ai pas occupé un seul instant son esprit durant toute cette scène. Les paroles de Chloé résonnent à mes oreilles. Peut-être pensait-il à celle qu'il aime et qui, en l'abandonnant, l'a fait tant souffrir. Je me sens coupable de ne songer qu'à mon propre bonheur alors que sa détresse est certainement la seule explication à tout cette histoire que d'ailleurs je ferais mieux d'oublier bien vite...Mais rien n'y fait et pas un seul instant je ne parviens à faire le vide dans ma tête. Et quand je ferme les yeux, les images reviennent, le film se remet en route...
Bonne lecture et surtout bonne soiréee à toutes et à tous.
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MessageSujet: Re: Chapter 3   Mer 15 Juil - 20:03

Comme c'était un peu court, je poste le chapitre 5.... Bon courage à toutes et à tous ceux qui ont la gentillesse de me lire!

Et re-bonne soirée à tous.

Graziella - Lundi 7 avril 2008 - 9 heures

Je me suis levée péniblement ce matin, après une troisième nuit presque sans sommeil et j'ai mis très longtemps à me préparer, sans raison apparente. J'ai traîné, tourné en rond dans mon petit studio deux heures durant, totalement désoeuvrée. Je pars à pied mais, contrairement à mon habitude, je ne suis pas du tout réceptive au monde qui m'entoure et je marche comme une somnambule, obsédée par mes pensées, sans même le refuge de mon balladeur. Je n'ai même pas remarqué s'il fait soleil ce matin.

La perspective d'une journée de travail me serait presque agréable si j'étais sûre de ne pas avoir à affronter sa rencontre. Il va pourtant falloir que je vérifie cette fichue connexion! Lorsque j'arrive, il n'est bien sûr pas encore là. Dès que je pousse la porte de son bureau, le souvenir de son parfum vient à ma rencontre. Je m'installe et, en toute hâte, je m'attèle à la tâche que j'aurais dû mener à bien vendredi dernier. Je vérifie tout d'abord les connexions physiques, pour écarter toute éventualité. Je me glisse à quatre pattes sous le bureau et je teste un à un tous les branchements. Au passage, je caresse machinalement la moquette du bout des doigts, comme on salue un vieil ami. Aucune anomalie. Puis je mets son ordinateur sous tension. Pendant le démarrage, je jette un regard circulaire tout autour de moi et je me rends compte que rien, hormis la moquette bleue aux dessins géométriques et le tic-tac de la pendule murale, ne m'est familier dans ce bureau. J'en découvre l'agencement comme si j'y entrais pour la première fois. De tout ce que j'y ai vécu et ressenti l'autre soir, de tout ce qui a vibré dans ce lieu, il ne reste rien. Pas un souffle, pas un grain de poussière. Comme si j'avais rêvé tout cela. Comme si la lumière du jour l'avait englouti.

Le bureau du directeur est une pièce d'angle très spacieuse et meublée avec sobriété, généreusement éclairée par une baie vitrée d'un côté et une grande porte fenêtre de l'autre – sans doute celle devant laquelle il se tenait ce soir-là. Ce devrait être une pièce agréable et pourtant, quelque chose dans l'atmosphère qui y règne me dérange. Elle me paraît glacée. Rien de personnel ne vient la réchauffer, pas même un objet, ni une photo. Pas de livre ou de prospectus oublié qui traîne pour vous donner un indice sur l'identité de l'occupant des lieux, ses gôuts, ses passe-temps favoris, sa vie privée. Un bureau anonyme et inoccupé, celui de n'importe quel cadre supérieur de la banque. Aucune trace de vie. Aucune trace de lui. Il n'y a que ces quelques notes d'un parfum que je devine et qui, pour tout autre que moi, pourrait n'être que celui d'un visiteur. Un bref instant, je goûte le bonheur de savoir que c'est le sien.

Les résultats qui s'affichent à l'écran ne sont pas de nature à rassurer mes angoisses: cette connexion ne va pas se laisser rétablir si vite! Ça va me prendre encore un peu de temps. Mes mains tremblent rien qu'à l'idée qu'il pourrait entrer à tout moment. Je ne veux pas le voir, pas ici du moins et pas maintenant. Je n'en aurais pas la force. Je dois lutter un instant pour repousser la vision qui m'assaille. Fébrilement, je retourne à la salle informatique faire quelques vérifications. Mon initiative est payante: c'est tout bonnement le hub central qui est défectueux. Il me suffira de changer tranquillement ce fichu petit boîtier et mon travail sera terminé. Je m'en veux de n'avoir pas songé à verifier le matériel en premier. Si j'étais plus méthodique, plus sérieuse dans mon travail, je n'aurais pas été obligée de venir dans ce bureau vendredi et cela m'aurait éviter de me retrouver mêlée à toute cette affaire, à sa vie privée dans laquelle il me semble que j'ai pénétré par effraction. Un peu comme si j'avais ouvert à son insu un des tiroirs de son bureau. De retour devant sa porte, j'hésite à rentrer. Et s'il était là maintenant? Je revois la haute silhouette tremblante dans l'obscurité. Dans un ultime sursaut de courage, je ferme un instant les yeux et je pousse la porte que j'avais laissée entrouverte. A mon grand soulagement, je constate que la pièce est toujours vide. Je me hâte de refermer tous les fichiers. Avant d'éteindre, je jette un dernier coup d'oeil à l'écran d'accueil: impersonnel et froid, lui aussi, comme ce bureau immense qui me donne le vertige et que je vais quitter avec un infini soulagement.
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MessageSujet: Re: Chapter 3   Jeu 16 Juil - 9:28

Même si tu dis qu'il ne s'y passe pas grand chose, je trouve qu'on en apprend pas mal sur l'état d'ésprit des deux protagonistes. Et aussi ça donne trop envie de savoir ce qu'il va se passer. Si le directeur revient, comment il va se conporter en vers elle... Pitié, ne nous fais pas attendre trop longtemps.... I love you I love you I love you

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MessageSujet: Re: Chapter 3   Ven 17 Juil - 0:51

Chapitre 6

Graziella – lundi 7 avril 2008 – 11 heures.

De retour dans l'espace réduit et rassurant de mon bureau, je constate qu'il est déjà onze heures. De peur de n'avoir pas assez de temps pour terminer ma tâche avant son arrivée, j'ai sauté la traditionnelle pause café sans en éprouver aucun regret. Je me sens totalement incapable de parler à tous ces gens, d'échanger des propos futiles sur toutes sortes de sujets auquels je suis totalement étrangère. Curieusement, aujourd'hui, je ressens le besoin de m'isoler, de me refermer sur moi-même, d'éviter tout contact. Mon côté autiste me tenaille à nouveau, comme dirait Chloé. Je vais terminer ma matinée en compagnie des données statistiques. Ces bons vieux chiffres me paraissent plus amicaux que mes collègues, et même que les êtres humains en général. Ils me font moins peur en tout cas car eux ne cherchent pas à pénétrer mon univers comme le font les autres.

Pourtant, les “autres” sont toujours là autour de moi et, bientôt, c'est Chloé qui vient me relancer. Chloé est une des secrétaires du service contentieux de la banque. Malgré de nombreuses aventures dont elle ne se cache pas et aussi un compagnon avec qui elle partage sa vie, cette plantureuse jeune femme de trente cinq ans s'avoue insatisfaite et voudrait fonder un foyer. Chloé la femme fatale ne rêve que de mariage et de famille nombreuse! Mon allure de gamine et ma vie de solitude ont certainement titillé son instinct maternel car, depuis mon arrivée à la banque, elle m'a prise en affection et il ne se passe pas un jour sans qu'elle vienne me tenir la conversation, m'offrir un café ou m'inviter à déjeuner.


  • Salut! On ne t'a pas beaucoup vue ce matin. T'as passé un bon week-end?
  • Non, pas vraiment...
  • C'est sûr, avec le temps qu'il a fait! Tu aurais dû m'appeler! Je suis allée au ciné avec Jules, mais avec lui c'est toujours pareil, je n'ai pas pu choisir le film! Du coup, j'ai eu droit à un de ses machins louches de pseudo-science fiction. La misère, quoi! Si tu veux, samedi prochain, on ira toutes les deux.
  • Pourqoi pas....
Et je m'applique à regarder sans les voir sur mon écran les bases de données statistiques du dernier semestre 2007 que j'ai ouvertes à la hâte et au hasard pour me donner une contenance, à fixer les colonnes muettes de chiffres, comme si j'étais trop absorbée par mon travail pour pouvoir engager la conversation. Devant mon mutisme, elle lâche enfin prise, me dit “bye” du bout des lèvres et, après un moment d'hésitation, elle s'en va comme elle est venue.

Ouf! J'ai échappé au compte-rendu du week end extraordinaire de Jules et Chloé. “La misère” comme elle dit! Et je me console en pensant que je ne suis pas seule à être seule et qu'être seul à deux doit être bien plus pénible. Elle éprouve un besoin effréné de partager tous les instants de sa vie intime avec des étrangers, comme pour essayer de les rendre vivants, et l'énergie qu'elle dépense à raconter tous ses faits et gestes dans les moindres détails me laisse supposer qu'ils sont pour elle d'une platitude intolérable et que seule leur mise en scène leur apporte un peu de relief à ses yeux. N'arrive-t-elle réellement à vivre qu'à travers l'image que lui renvoient les yeux des autres?

Pour ma part, je n'ai guère la réputation d'être une grande bavarde. Après la mort de mes parents, je n'ai plus eu personne à qui me confier et je crois que j'ai dû inconsciemment m'habituer à cet état de fait et me convaincre que c'était chez moi un trait de caractère, peut-être même une seconde nature. En fait, c'est la solitude qui m'a rendue secrète, mais je dois avouer que j'y ai volontiers consenti, ce qui me laisse supposer que j'avais des prédispositions. De plus, telle que je suis, réservée et introvertie, j'attire involontairement tous les gens en mal de confidences et, régulièrement, il y a dans mon entourage plusieurs personnes qui viennent épancher leurs états d'âme sur moi, trouvant dans mon silence un allié providentiel à leur monologue diluvien. De mon côté, j'ai la sensation que cette manière d'exprimer les sentiments les exagère à tel point qu'ils en perdent toute crédibilité et j'ai du mal à voir la plupart de mes collègues autrement qu'en représentation, continuellement à se bâtir un personnage et à le surjouer sur la scène de mon théâtre intime.

Evidemment, l'homme que j'ai tenu dans mes bras l'autre soir ne fait pas partie de cette catégorie de gens, bien au contraire. A sa manière d'être toujours un peu en retrait, comme s'il craignait de s'attacher aux choses ou aux gens, je comprends à présent qu'il porte ses sentiments cachés comme dans un médaillon où l'on garde précieusement une photo ou une boucle de cheveux, et que l'on n'ouvre qu'en secret pour les contempler un instant. Son coeur est un temple sacré où seuls peuvent pénétrer ceux ont fait voeu de silence. Je me suis tenue sur le seuil et mes yeux coupables ont aperçu l'invisible.

Je m'efforce de reprendre mon travail sur les statistiques du mois précédent et je me concentre sur une ultime vérification de toutes mes données comme un orfèvre qui crée un bijou et le veut absolument parfait. La journée passe ainsi, puis la suivante. Je redoutais de le rencontrer et j'apprends par Chloé qu'il est en déplacement sur un séminaire à Londres. Je ne le verrai pas de la semaine. Et, petit à petit, mes pensées obsédantes et mes sentiments douloureux et conflictuels s'estompent et perdent de leur intensité, douillettement enveloppés dans la brume cotoneuse du temps, comme une brûlure pansée de gaze. Le temps dont ma mère se plaisait à dire qu'il guérit de tout, mais dont, n'ayant pas encore beaucoup vécu, je n'ai pas mesuré le pouvoir. La peur de le revoir qui me paralysait m'abandonne peu à peu et je crois que je pourrais même affronter maintenant son regard sans rougir. Pourtant, je n'ai rien oublié et dès que je viens à fermer les yeux, les sensations reviennent, cuellement réelles. Il me semble même que je peux sentir son parfum. Je me repasse le film et par moments, je reviens en arrière sur un plan rapproché. Le tic tac de la pendule. Les battements désordonnés de son coeur. La douce chaleur de sa voix comme la mélodie d'un violoncelle
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MessageSujet: Re: Chapter 3   Ven 17 Juil - 0:54

Et chapitre 7.

Graziella - Lundi 28 avril 2008 - 9 heures

Le temps a été splendide tout le week end. On dirait que l'été est déjà en train de s'installer. Mais quelque chose en moi s'est déconnecté de la nature et du monde qui m'entoure. Toutes mes pensées, tous mes sentiments, toutes les sensations que j'éprouve, et même tous les rêves que je fais tendent vers lui. Je ne le vois pas clairement, mais au plus profond de moi, je sens que quelque chose se noue et que c'est lui qui en est la cause.

Je l'ai à peine entrevu depuis ce vendredi, au détour d'un couloir. C'est comme une apparition. Soudain, je sens son regard m'effleurer puis se poser sur moi. Il me reconnait, me salue, me sourit... Un sourire unique qui éclaire par étapes l'une après l'autre toutes les parties de son beau visage. Une sourire qui m'est destiné. Une attention qui me touche. Je lui rends son salut à toute vitesse, pour ne pas afficher trop longtemps ce rictus idiot que la timidité colle sur mon visage comme un masque. Un de ces masques de théâtre grimaçants. Puis il continue son chemin. La vision s'évanouit. Fin de l'histoire. Comme si rien ne s'était passé. Pour ma part, bien que tout soit encore très vivant en moi, je n'ai jamais parlé à personne de l'incident de l'autre soir. Mais lui, en a-t-il parlé à quelqu'un? Je ne suis même pas sûre qu'il y ait accordé la moindre importance et qu'il n'ait pas simplement déjà tout oublié.
Ce matin, je prends place comme d'habitude à mon bureau et je me mets aussitôt au travail. Comme elle le fait souvent, Chloé vient bavarder un moment vers dix heures et, pour me remercier de mon écoute qui n'est d'ailleurs pas toujours très attentive, je dois l'avouer, elle m'apporte un café du distributeur. Nous passons ainsi un moment ensemble, durant lequel elle parle presque continuellement, faisant seule les questions et les réponses dans un monologue rarement interrompu par quelques monosyllabes approbatives. Elle me raconte souvent en détails sa vie avec Jules, ou plutôt à côté de Jules car ils ne semblent pas avoir grand chose à partager. Elle me parle de leurs amis, de leurs sorties, de toute l'agitation qui meuble la vacuité de leur vie commune, si commune. Elle me parle de ses aventures. Et, encore une fois, je me dis qu'elle doit être bien seule.

Mais il existe une autre facette de la personnalité de Chloé que je redoute davantage: son avidité à connaître tous les événements de l'existence des autres, afin de se glisser dans leur univers et d'y vivre par procuration. C'est elle qui m'a raconté le peu de choses que je sais sur nos collègues et sur le directeur général. Aujourd'hui, elle a décidé de m'interroger sur ma vie et ça va être assez difficile d'esquiver ses questions: un véritable interrogatoire de police! Depuis qu'elle sait que je vis seule, elle s'est mise en devoir de me trouver un compagnon et, jour après jour, elle me vante successivement les qualités physiques et morales de chacun de nos collègues de travail masculins. Désespérée de voir ses opérations publicitaires rester sans succès, elle a même fini un beau jour par me demander si je n'étais pas lesbienne - question que, je dois le reconnaître, je ne m'étais jamais posée moi-même. J'essaie de deviner qui va être l'élu aujourd'hui.


  • A vingt ans, vivre seule comme tu le fais, ce n'est pas une vie. Il faut que tu sortes, que tu rencontres des gens, des jeunes de ton âge. Il te faut un amoureux!
  • Tu sais bien que je n'aime pas sortir...
  • Tu dis ça parce que tu ne veux même pas faire l'efort d'essayer. Tiens par exemple: Frédéric, le chauffeur du directeur adjoint. Il est très sympa et plutôt joli garçon. Tu as remarqué la façon qu'il a de te regarder? Le petit sourire charmeur qu'il te lance à chaque fois? Je suis sûre que tu lui plais bien.
  • Et moi, je suis sûre que tu te fais du cinéma et qu'il se soucie de moi comme de sa première chemise!
Comme toujours, elle hausse les épaules et lève les yeux au ciel avec un soupir théâtral de désespoir. Malgré ses démonstrations emphatiques, je sais pertinemment qu'elle n'ira pas plus loin, qu'elle ne passera pas à l'action. Et aussi longtemps qu'elle se contente d'en parler avec moi, sans chercher réellement à me mettre en relation avec l'une ou l'autre de ses proies, tout va bien et je la laisse jouer à son jeu favori. A présent, elle m'interroge sur mes rencontres éventuelles du week end. Elle berce le secret espoir que je lui raconte mes histoires de coeur, pour pourvoir aspirer la substance d'une vie et s'en repaître, comme un vampire suce le sang de sa victime pour survivre. Mais le livre d'histoires de mon coeur est vide, totalement et désespérément vide. Ce matin, je suis à deux doigts d'en inventer une tant j'ai pitié d'elle, tant je la sens assoiffée. Mais, n'ayant jamais dû mentir à personne, je ne sais pas le faire et, de plus, je n'ai guère d'expérience dans les histoires de coeur. Je suis certaine que je ne saurais pas m'en tirer correctement. Il vaut mieux que je m'abstienne, que je n'essaie pas de meubler au petit bonheur le vide de ma propre existence pour qu'elle s'y installe douillettement. Elle ne m'en voudra pas et je suis sûre qu'elle reviendra à la charge.

C'est Loana Chan, la secrétaire du directeur général, qui nous interrompt au téléphone: monsieur de Maubray veut me voir dans son bureau dès que possible.


  • Merci, mademoiselle Chan. Je viens tout de suite.
Je raccroche. En levant les yeux, je vois que Chloé est déjà partie. Et là, tout d'un coup, je regrette amèrement son absence, ce vide qu'elle a laissé derrière elle, ce trou noir qui m'engloutit et me dévore. Je voudrais pleurer. Mon ventre se tord. Mon coeur bat à tout rompre et je ne suis pas sûre de tenir sur mes jambes si je me lève. Et pourtant, il va falloir y aller. Je ferme un instant mes yeux brûlants. Aussitôt, toutes les images me reviennent. Impossible de les garder fermés. Je les rouvre. Tout est trouble autour de moi. Je me force à respirer lentement, à calmer le tumulte de mon coeur. Je tente de me lever mais mes jambes trop faibles refusent d'obéïr. On dirait celles d'un jeune soldat qui monte au front pour la première fois.

Après quelques minutes, je réussis finalement à dominer un peu l'émotion qui s'était emparée de moi, à me lever et à sortir de mon bureau. Mes jambes sont un peu cotoneuses, ma tête un peu lourde, mais si je parviens à garder mon calme, ça pourra aller. Je frappe à sa porte, soutenue par le fol espoir qu'il ne répondra pas et que j'éviterai cette rencontre. Mais j'entends sa voix.


  • Entrez Graziella.
J'ouvre la porte du bureau et je pénètre à l'intérieur au ralenti, en me concentrant sur chacun des mouvements que je dois exécuter. Il me semble qu'il doit s'écouler un long moment avant que je parvienne à articuler quelques mots.


  • Bonjour monsieur.
Je referme la porte lentement derrière moi. Nous sommes seuls. Je réalise tout à coup qu'il m'a appelée par mon prénom, comme il l'avait fait l'autre soir. J'ai un instant d'hésitation, un décalage temporel entre mon cerveau et mon corps où celui-ci ne paraît plus obéir du tout à ma volonté, et je reste debout, immobile et silencieuse, à m'observer mentalement comme si je m'étais dédoublée par magie. Mon visage me semble paralysé par le rictus idiot que je connais bien. Plus rien ne répond. Mais je ne cède pas à la panique. J'attends. Et la machine se remet progressivement en marche! Je m'avance vers lui en lui tendant la main. Il la prend et j'ai l'impression qu'il la retient un bref instant dans la sienne. Où est-ce mon cerveau qui perçoit tout au ralenti? C'est une main douce, fraîche, dont le contact me paraît léger. Il me regarde quelques secondes sans rien dire et je comprends immédiatement qu'il n'a rien oublié. Toute la scène est encore là, vivante et vibrante devant lui. Instinctivement, je sais que, si nous fermions un instant les yeux, nous pourrions voir le même film, les même images qui défilent, les mêmes impressions qui nous habitent.


  • J'ai un service à vous demander, Graziella – dit-il doucement au bout de quelques secondes.
  • Bien sûr, monsieur.
  • Je dois assister à un séminaire à Florence le mois prochain. Une petite semaine je crois. Pierre Alessandrini, mon adjoint, et sa secrétaire seront présents également, mais mademoiselle Chan vient de me dire qu'elle a un empêchement de dernière minute et qu'elle ne sera pas disponible pour m'accompagner. Est-ce que vous accepteriez de la remplacer?
  • Euh oui, mais je ne sais pas... En fait...
  • N'y voyez bien sûr aucune obligation! Si ce déplacement vous pose un problème, ne vous tourmentez pas. Nous partirons à trois tout simplement.
  • Non, ce n'est pas du tout ce que je voulais dire. Je pensais seulement que je n'ai aucune notion de secrétariat et que mes compétences pourraient peut-être ne pas convenir...
  • Cela n'a aucune espèce d'importance. J'aurai seulement à faire une petite intervention que nous avons déjà mise au point. Par contre, nous aurons du temps libre et, si vous ne connaissez pas Florence, ce sera une excellente occasion pour faire un peu de tourisme, d'autant qu'à cette période de l'année, la ville est magnifique. Et puis, il n'y a rien de très urgent. Vous me donnerez votre réponse quand vous pourrez.
  • Bien monsieur.
  • Eh bien, c'est parfait. Merci Graziella.
  • Merci monsieur.

Je sors sans me retourner, les yeux embués et la gorge serrée et je me réfugie dans mon bureau pour essayer de retrouver un calme précaire. Mais Chloé-le-vampire est déjà là: elle veut à tout prix savoir ce qui s'est passé, pourquoi il m'a appelée, et elle ne partira pas tant que je ne lui aurai pas donné des explications détaillées. Je tente une diversion en faisant remarquer qu'il est bientôt midi, que je commence à avoir faim et en lui demandant où elle compte déjeuner, mais le piège se referme aussitôt sur moi:


  • On déjeune ensemble? Allez, je t'invite chez Paul. Depuis le temps que je te dois un déjeuner...
  • Merci mais je n'ai pas très faim aujourd'hui.
  • Tu ne viens pas de me dire le contraire là tout de suite?
  • Oui, bien sûr, mais je voulais d'abord terminer... Je déjeunerai plus tard... j'ai juste envie de quelque chose de léger...
  • Mais je ne suis pas pressée, on peut déjeuner plus tard, et puis, chez Paul, tu pourras choisir ta petite salade légère au saumon poché... histoire de pas prendre un gramme. Tu sais, si tu veux ressembler un jour à une vraie femme, comme tu dis, tu ferais bien de te mettre un peu à manger autre chose que de l'herbe et du poisson poché... Là, pour le moment, tu as plutôt l'air d'une planche à pain que...

Les larmes se mettent à couler malgré moi le long de mes joues et, tout de suite, elle pense qu'elle m'a blessée, qu'elle est allée trop loin cette fois. Elle va se confondre en excuses, mais je ne vais pas pouvoir échapper pour autant au déjeuner chez Paul. Peut-être au moins restera-elle plus discrète et évitera-t-elle de me poser des tas de questions. Elle aura quelque chose à se faire pardonner... Ce n'est pas si mal après tout. Pourtant, si je me mets à pleurer, c'est plus à cause du désespoir que j'ai accumulé à la suite de mes propres maladresses de la matinée qu'à cause des remarques de Chloé dont je commence à avoir l'habitude et qui, pour l'occasion, ne sont que la goutte qui fait déborder mes yeux. Ce sont des larmes de rage et d'impuissance plus que de tristesse car je dois admettre que je me comporte toujours comme une idiote, timide et maladroite, dès que je suis émue et, malgré tous mes efforts, je n'arrive pas à changer quoi que ce soit à cet état de chose.

Pourquoi n'ai-je pas dit oui immédiatement à sa proposition tout à l'heure, pourquoi n'ai-je pas clairement montré que j'étais enchantée à l'idée de partir avec lui... Dans mes plus beaux rêves, je n'aurai jamais imaginé une telle invitation! Et maintenant si, à cause de mes hésitations et de mon manque d'enthousiasme, il changeait d'avis? Ce serait peut être mieux d'ailleurs, car comment pourrai-je passer une semaine en sa compagnie alors que je me mets à trembler et à balbutier dès qu'il m'approche? Ce rêve se transformerait vite en cauchemar et je ne vois vraiment aucun moyen d'y échapper. Il faudra que je refuse...

J'éprouve à présent un mélange de honte et de rage vis à vis de moi-même qui me fait suffoquer. Je ne sais plus vraiment ce que je veux, ni où j'en suis réellement. Je ferme les yeux en serrant très fort les poings. Je voudrais être seule chez moi, mettre un morceau de Metallica à fond et hurler à me casser la voix, puis m'enfouir sous la couette et pleurer jusqu'à ne plus rien sentir, jusqu'à l'anesthésie totale... Mais hélas, je suis au bureau et il va falloir respirer un grand coup et affronter le déjeuner avec Chloé.

Au bout de quelques minutes, j'ai enfin réussi à faire le vide en moi, à me calmer tant bien que mal, et à rejoindre Chloé pour ce déjeuner tant redouté. J'ai les yeux rouges et brûlants et ma tête est douloureuse: je me sens totalement délabrée. Au moment où nous sortons ensemble du bureau, je l'aperçois dans le couloir. J'essaie de sourire mais le même rictus horrible vient se plaquer sur mon visage et les larmes emplissent mes yeux. Heureusement, nous ne faisons que nous croiser et Chloé m'entraîne avec elle dans son sillage, me tenant par l'épaule et chuchotant doucement à mon oreille, et je me sens comme le passager clandestin d'un navire qui quitte le port brumeux par un soir d'hiver glacial. Pour aujourd'hui, c'est Chloé qui me sauvera du naufrage...
Bonne nuit à vous toutes et tous!
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MessageSujet: Re: Chapter 3   Ven 17 Juil - 9:13

Je trouve que c'est vraiment trop bien écrit. Je te félicite encore. Je me réjouis de pouvoir lire la suite. La tu me tiens. Je ne décroche plus. Je trouve ton roman vraiment superbe. Tu vois quand je le lis je suis au boulot mais j'ai l'impression que tout ce qui est autour de moi disparait et que je me trouve vraiment dans les buraux de la banque. Je n'ai qu'un chose à dire encore, encore, ENCORE!!! cheers I love you I love you

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MessageSujet: Re: Chapter 3   Ven 17 Juil - 20:01

Toutes ces choses si belles et si gentilles que tu me dis sur mon écriture me vont droit au coeur et me remplissent de joie. C'est pour ça que j'écris: pour essayer de donner un peu de rêve et de bonheur aux autres et quand ça le fait, c'est merveilleux.
Tu sais, j'ai commencé à écrire ce roman pour un copain qui était très malade: il adorait lire. Heureusement car, atteint d'un cancer généralisé, il ne pouvait plus faire que ça.... Hélas, il n'a pas eu la force d'attendre que je termine. J'ai continué pour lui. Mais aussi grâce à lui. Derrière chaque phrase, chaque mot, il est là. Peut-être peux-tu sentir sa présence et c'est pour ça que tu aimes cette histoire...

Bon, je vais essayer d'être un peu plus joyeuse sinon, entre la pluie et les larmes, nous allons avoir une inondation!!!

Chapitres suivants (je ne les ai pas numérotés en fait parce qu'on peut aussi les lire dans le désordre mais ça doit faire 7 et Cool

Gabriel – Lundi 28 avril 2008 – 12 heures

Au moment où elle entre dans la pièce, sa ressemblance avec mon amour de jeunesse me frappe encore davantage. Un éclair douloureux traverse mon coeur et disparaît. Puis s'installe à nouveau cette même impression de bien être, de tendresse, de sécurité que j'avais éprouvée dans ses bras la première fois. Ce que doit ressentir un enfant blotti contre sa mère. Je ne peux m'empêcher de trouver ce sentiment assez stupide parce que, chronologiquement, je dois avoir l'âge d'être son père... Cette idée me trouble tout à coup, me dérange, sans que je sache réellement dire pourquoi. Je fais de mon mieux pour l'écarter de mes pensées du moment. Au diable la chronologie! Pourtant, elle semble si jeune, si frêle, tout juste sortie de l'adolescence. J'ai vécu si longtemps et tellement de choses que je me sens très vieux et, étrangement, sa jeunesse me rassure et m'apaise. Sans compter cet autre paradoxe entre nous: c'est à cette enfant que je dois la vie. Cette fenêtre que j'avais ouverte et qu'elle a refermée, je l'aurais sans doute franchie dès la nuit tombée si elle n'était pas arrivée. En a-t-elle eu conscience, a-telle deviné instinctivement ce que j'allais faire?

Elle est là, debout devant moi, un peu hésitante. Brune, élancée, assez grande à ce qu'il me semble. Peut-être un mètre soixante-quinze. Elle paraît très mince, habillée d'un jean un peu trop large et d'une chemise en voile blanc. Une adolecente un peu gauche, pas encore familière des proportions d'un corps qui a grandi trop vite. Une de ces jeunes filles qui ressemble à une mariée dans ses vêtements de première communiante. Elle me tend la main la première. J'aime son abord direct et franc, sans préjugé ni a priori. Seule la timidité juvénile le retient encore. Je songe en souriant que, comme son corps, son caractère n'a pas fini de se développer. Elle n'a pas fini de grandir. Encore imparfaite, elle possède pourtant une grâce indiscible. Sans doute la grâce de la jeunesse.

Je sais qu'elle n'a jamais rien dit à personne de ce qui s'est passé mais qu'elle n'a rien oublié. Je sais cela dès que ses yeux rencontrent les miens. Nous sommes pareils, de la même espèce. Je suis si troublé par sa présence, par ce regard profond et insondable qui s'est posé sur moi et a fait fondre toute mon assurance, que je ne sais plus très bien par où commencer. Le même trouble que j'avais ressenti ce soir-là.


  • J'ai un service à vous demander, Graziella.
  • Bien sûr, monsieur.

Sur un coup de tête, j'ai décidé de l'emmener avec moi, sans trop vouloir m'avouer les motifs qui m'y poussaient, sans trop oser y réfléchir clairement en vérité. Pour le moment, je ne me sens pas prêt à analyser tout cela. Je n'en ai pas la volonté, ou pas la force. Les souvenirs qu'elle fait inconsciemment ressurgir en moi font revivre mon passé à cet instant de ma vie où tout s'effondre, et j'ai beau ne plus croire en grand chose sur cette terre, je ne peux m'empêcher de me demander quelle puissance obscure l'a mise sur mon chemin et pourquoi. Mais il y a surtout cette capacité à l'émotion qu'elle a ranimée l'espace d'un instant en moi, cette étincelle qu'elle a éclairée dans les ténèbres de mon coeur malgré le couvre-feu que j'avais réussi à lui imposer depuis des années.

Lorsque l'idée m'est venue de lui proposer de m'accompagner au séminaire de Florence, je ne doutais pas un instant qu'elle accepterait. Mais à présent, je la sens hésitante, pas vraiment décidée, embarrassée même. Je n'avais pas songé qu'elle pouvait avoir des obligations: une famille, un chien, ou un petit ami qu'elle ne veut pas quitter. Décidément, à vivre seul depuis quatre ans, j'ai perdu tous mes repères et j'ai oublié que les autres ont aussi une vie...


  • En réalité, il n'y a rien de très urgent, et vous me donnerez votre réponse quand vous pourrez.
Elle me remercie gentiment et s'en va, laissant sans le savoir un vide douloureux derrière elle. Mon coeur se serre. Je ne suis pas sûr que j'aurai la force de lui demander sa réponse.


Graziella - Lundi 28 avril 2008 – 17h30

C'est la fin de cette terrible journée et, mon sac sur l'épaule, je m'apprête à partir. J'éclaire mon balladeur et, parmi les albums de Placebo, je cherche un titre familier:“Whitout you I'm nothing”, que j'écouterai en boucle tout le long du chemin. Je tâcherai de faire un peu le vide et d'y voir peut-être un peu plus clair dans ce fouillis qui encombre ma tête depuis quelques semaines. J'espère juste pouvoir partir sans croiser personne et sans être obligée de dire le moindre mot à qui que ce soit, car je n'en aurai pas la force. Et tout se passe selon mes voeux. J'erre deux heures durant parmi les ruelles sans rien voir autour de moi, la musique à fond dans les oreilles, jusqu'à épuiser la batterie, en murmurant de temps à autre “You're slipping slowly from my reach...You've never seen the lonely me at all...Whitout you I'm nothing”. Par cette simple phrase, la voix brisée de Brian Molko qui psalmodie et la vibration lancinante des guitares m'envoient au visage tout le désespoir du monde. Aussi loin que remontent mes souvenirs, cette chanson m'a toujours semblé une pure expression de la douleur. J'avais juste dix ans quand je l'ai entendue pour la première fois – c'était à peine quelques semaines après la mort de mes parents - et, depuis, elle a fidèlement accompagné mes plus sombres moments.
J'arrive chez moi à vingt-une heures trente, totalement vide, à bout de forces et incapable de ressentir quoi que ce soit, le coeur anesthésié par la fatigue et les larmes. Je me débarasse de mes chaussures et je me réfugie au fond de mon lit, sans boire ni manger, sans même ôter mes vêtements. Et je m'endors profondément, comme si je mourrais.


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MessageSujet: Re: Chapter 3   Ven 17 Juil - 20:11

Voici encore quelques lignes pour prolonger le rêve de ma lectrice préférée.

Claire – lundi 4 mai 1987 – 16 heures

Jeanne et Elodie, avec qui je prépare un mémoire sur la flore des espaces verts à Paris, m'ont donné rendez-vous au parc Monceau à seize heures et je vais être en retard. Je n'aime pas ça. Je presse le pas sur le trottoir déjà envahi par les touristes nonchalands, qui n'ont que faire de ma hâte. Devant moi, un couple âgé marche au ralenti, le nez en l'air, et occupe toute la largeur du trottoir. Après plusieurs hésitations, je tente une manoeuvre hasardeuse de dépassement et je viens heurter un jeune homme arrivant en sens inverse qui transporte un volumineux intrument de musique dans sa housse rigide. Un gros scarabée brillant dans la lumière. Je le percute et le classeur que je tiens à la main m'échappe. Son contenu va fatalement s'éparpiller sur le sol.

Je m'accroupis aussitôt pour récupérer mes précieux documents disséminés sur le trottoir, que les passants tentent d'éviter de leur mieux. Je suis furieuse contre moi même et, il faut bien le dire, un peu aussi contre ce jeune insecte malencontreux. Tout en continuant mon sauvetage, j'aperçois du coin de l'oeil une silhouette accroupie en face de moi. Je lève les yeux et, soudain, nos deux regards se rencontrent. Et je ne peux plus détacher mes yeux des siens. Nous restons un moment immobiles, indécis, comme pétrifiés. Il est le premier à briser le sortilège. Ses lèvres s'entrouvrent et je m'attends à des excuses. Mais il ne fait que sourire. D'abord ses yeux qui s'illuminent. Deux pervenches épanouies. Puis ses lèvres dessinent ce sourire inattendu. Je baisse les yeux à la hâte et je me replonge dans ma tâche. Il reprend son ramassage en silence.

“Tout de même, il ne manque pas de culot celui-là”. Je sens une colère muette monter en moi. Je ramasse à toute vitesse les papiers qui m'entourent et dès qu'il ne reste plus rien autour de moi, je me remets debout et je reste immobile devant lui, à le contempler de toute ma hauteur. Impassible, il continue sa collecte minutieuse, remettant chaque feuillet dans le bon sens avant d'en prendre un autre. Sentant mon regard courroucé qui pèse sur lui, il lève lentement les yeux et m'offre à nouveau deux fleurs innocentes. Je suis désarmée. Ma colère retombe instantanément. Sa cueillette terminé, il se relève et me tend le fruit de sa récolte en silence, juste avec le même sourire. J'hésite un instant, immobile, captivée par ce regard. J'attrape en aveugle la liasse de papier qu'il me tend sans quitter ses yeux.
-Merci.
Il récupère son instrument qu'il avait posé à côté de lui et je le regarde reprendre sa route en silence, sans un mot. Ses vêtements un peu trop larges flottent autour de lui. Je ne saurais dire si c'est à cause de sa haute taille ou de sa démarche un peu lente qu'il me fait songer à une majestueuse goëlette que les caprices du vent auraient un moment ralenti et qui vogue à nouveau parmi l'océan de la foule.

Bien entendu, j'arrive en retard au parc Monceau et mes amies, qui m'ont attendue près de vingt minutes, sont d'assez méchante humeur. Nous avons décidé de mettre en commun le résultat de nos recherches et, ce soir, nous devions revérifier quelques constatations sur la liste des arbres du parc et leur emplacement. Elles sont déjà occupées à effectuer ces vérifications quand j'arrive. Je me joins à elles, mais mon aide n'est pas très efficace et elles ne manquent pas de me le faire remarquer par de petites boutades acides. Je suis totalement incapable de fixer mon attention sur autre chose que sur l'incident de cet après-midi. Sans cesse, mon esprit vagabonde et retourne à ce regard d'azur qui m'a envoûtée, à ce petit coin de paradis que j'ai entrevu. Je n'ai qu'une seule idée: comment faire pour le revoir?
- Bon! Tu n'écoutes donc jamais quand je te parle!
Elodie me fixe avec un air courroucé.
- Excuse moi, je pensais à autre chose.
- C'est bien ce que je dis! Et tu peux me dire au moins à quoi ou à qui tu pensais?
- A un garçon que j'ai rencontré tout à l'heure en venant.
A ces mots, la tension qui régnait dans le groupe se relâche instantanément. Je me laisse tomber sur la pelouse, assise en tailleur, et je me mets en devoir de raconter mon histoire à mes deux jeunes amies qui sont venues s'asseoir en face de moi et m'écoutent attentivement. Conseil de guerre dans la tribu des filles! A vingt-trois ans, je n'ai pas encore de petit ami attitré et mes amies rêvent de me voir rencontrer le prince charmant. Du coup, ma confidence fait naître en elles des espoirs qu' hélas le dénouement de l'anecdote ne va pas satisfaire.
- Je ne le croiserai peut-être plus jamais et même, si tel était le cas, je serais bien incapable de le reconnaître! Je n'ai même pas vu son visage. Juste ses yeux. Et il ne m'a pas dit un seul mot.
Elles se moquent gentiment de moi mais Elodie, qui est toujours pleine de ressources et sur la sympathie de qui je peux compter, a vite fait de faire le point sur la situation et de me rassurer.
- C'est pourtant facile! S'il portait un instrument, c'est qu'il est musicien. L'étui qu'il portait m'a d'ailleurs tout l'air d'être celui d'un violoncelle. Et si j'ai raison, il allait certainement au Conservatoire de la rue de Madrid, à deux pas d'ici. Tu n'as qu'à aller te renseigner sur les horaires de la classe de violoncelle auprès du concierge. Tu pourras t'arranger pour traîner dans les parages au moment opportun. Et voilà, l'affaire est dans le sac!
“L'affaire est dans le sac” C'est l'expression favorite d'Elodie et je ne peux m'empêcher de sourire en l'entendant conclure de si façon bassement matérialiste une histoire d'amour tellement romantique.
- Merci ma chérie! Tu me sauves la vie! Je crois bien que je n'aurais jamais pensé à ça toute seule.
- Pour les déductions, ce n'est pas la peine de venir te chercher! Tu fais un piètre esprit scientifique, tu sais!
Vexée de la voir ainsi mettre en doute mes capacités intellectuelles, je hausse un peu les épaules. Mais je suis incapable de lui en vouloir: elle vient de me rendre l'espoir!
Graziella - Mardi 29 avril 2008 – 9 heures 30.
Mon sommeil lourd et agité de cette nuit n'a pas été réparateur et, ce matin, j'ai eu beaucoup de mal à émerger. A ressusciter, devrais-je dire. Cette obscure parenthèse de quelques heures n'a rien changé à l'état d'esprit dans lequel je me trouve. Tous mes doutes et toutes mes angoisses sont revenus me hanter au matin.

Je ne sais que faire au sujet du séminaire. J'aurais très envie d'y aller mais je n'arrive pas à comprendre pourquoi il m'a invitée. Cette question résonne désormais dans ma tête vide comme une volée de cloches. D'instinct, je devine qu'il éprouve comme moi cet immense besoin de solitude qui m'est si familier. Je suis à peu près certaine que nous nous ressemblons terriblement sur ce point. Si, comme je le suppose, c'est par pure gentillesse qu'il m'a proposé ce voyage, simplement parce qu'il se sent redevable envers moi pour ce qui s'est passé ou même simplement pour ma discrétion, je vais être un fardeau pour lui tout au long de ce séjour et cette idée me peine réellement. Depuis bien longtemps maintenant, personne ne me manifeste plus la moindre attention et la gentillesse avec laquelle il m'a proposé ce voyage m'a tellement touchée que je lui voue toute ma reconnaissance. Je me haïrais de lui causer le moindre désagrément. Mais d'où me viennent toutes ces certitudes, puisque je ne connais rien de lui? Pourquoi faut-il sans cesse que j'analyse tout dans ma tête. Sans doute parce que je ne peux en parler avec personne...

Il faudra pourtant bien que je lui donne une réponse. Ou bien peut-être pourrai-je lui demander la raison de son invitation? Cela ne serait pas très correct, mais au fond, cette solution présenterait l'avantage de clarifier mes idées. Je le ferai aujourdh'ui. Oui, je le ferai dès qu'il arrivera. Et tout de suite, j'appelle Loana Chan pour lui demander si monsieur de Maubray peut me recevoir aujourd'hui.

La réponse ne tarde pas à venir lorsque quelqu'un frappe à la porte et que, à mon grand étonnement, je le vois entrer en personne dans mon bureau. De nouveau, sa façon lente et majestueuse de se déplacer évoque dans mon esprit quelque seigneur moyen-âgeux et je me dis en moi-même que l'on rencontre rarement ce genre de personnage dans la rue. Mon prince d'Aquitaine doit réellement venir d'un autre monde et j'ignore par quelle étrange grâce il arrive ainsi jusqu'à moi.

Il regarde rapidement tout autour de lui, comme pour s'assurer que nous sommes seuls, puis m'adresse un franc sourire en me saluant.
- Je suppose que vous avez pris votre décision Graziella?
- A vrai dire, pas encore monsieur le directeur...
J'hésite un instant à continuer. J'ai baissé les yeux, incapable de soutenir le regard que son étonnement fait peser sur moi. Le jour du flash me revient à l'esprit. Non, je ne vais pas recommencer à me conduire comme une imbécile. Brusquement, je relève la tête et je me jette à l'eau.
- Je me demandais pourquoi vous m'aviez invitée et votre réponse m'aidera certainement à me décider.
C'est à son tour de marquer un temps d'arrêt. Il m'observe quelques instants puis se met à marcher de long en large devant mon bureau, les mains au fond des poches, comme si ces mouvements l'aidaient à réfléchir.
- Pourquoi je vous ai invitée? Je ne sais quoi vous dire. Je n'avais pas pensé utile de justifier cette invitation. Mais si vous y tenez... Disons que j'ai besoin d'une nouvelle demoiselle de compagnie... Et je dois avouer que vous ressemblez beaucoup à une des personnes qui ont précédemment tenu ce rôle. Cela vous convient-il comme explication?
- J'espère seulement que vous ne le faites pas par pure gentillesse à mon égard.
- Vous vous rendrez compte un jour que je ne suis pas gentil. Ni d'ailleurs ce qu'on peut appeler un philanthrope. Loin de là. En outre, la patience n'est pas non plus ma qualité majeure. Alors, je vous en prie, ne posez plus de question et dites-moi vite que vous acceptez.
En prononçant ces mots, il s'immobilise juste devant moi et plonge ses yeux droit au fond des miens. Au fond de mon âme. Incapable de supporter l'intensité de ce regard, je baisse un peu la tête et je murmure:
- Oui.
- Voilà une excellente chose. Soyez bénie pour cette réponse. Merci, merci infiniment, Graziella.
Un silence vient se poser entre nous. Je lève timidement les yeux vers lui. Immobile, adossé contre le mur et les mains rivées au fond de ses poches, il semble toujours m'observer. Mais ses yeux, d'habitude si mobiles et si lumineux, sont devenus transparents et fixes, comme si, au prix d'un effort surhumain, il tentait de voir quelque chose ou quelqu'un à travers mon propre corps. Puis, soudain, il s'anime de nouveau.
- Reste à régler la question du voyage. Préférez vous le confort du train comme nos deux collègues ou mon simple véhicule personnel vous conviendra-t-il?
Encore sous le coup de la réponse qu'il m'a arrachée comme par magie, je tente de rassembler mes esprits.
- Pour me comporter en demoiselle de compagnie digne de ce nom, il faudrait que je commence par faire le voyage à vos côtés.
- C'est certain!
Sa bouche s'entrouvre comme s'il allait ajouter quelque chose mais il reste un instant silencieux. Puis ses yeux se mettent à briller d'un éclat malicieux et un sourire se dessine sur ses lèvres.
- Cependant, si vous avez peur en voiture par exemple, je vous dispenserai volontiers de cette épreuve. Tout le monde vous dira que je roule très vite et...
- Je n'ai pas peur du tout.
- Alors, c'est parfait. Nous partirons donc samedi matin. Huit heures vous conviendrait? Je passerai vous chercher chez vous... Bien. Mais tout cela vous laisse assez peu de temps pour vous préparer, n'est-ce pas?
- N'ayez aucune inquiétude à ce sujet, monsieur le directeur. J'ai bien plus de temps qu'il ne m'en faut.
- Bien. Dans ce cas, je vous dis à samedi. Bonne journée Graziella.

Et il s'en va comme il est arrivé, me laissant toute étourdie, toute énivrée de ce qui vient de se passer. “Nous partirons samedi”. Ces mots résonnent dans ma tête comme s'ils appartenaient à une langue inconnue, comme s'ils étaient vides de sens. Mais leur douce mélodie m'emplit de bonheur. Nous partons dans quatre jours! Je pars avec lui dans quatre jours! Il y a à peine dix minutes, je n'avais pas pris ma décision...

J'éprouve soudain le besoin de me raffraîchir pour essayer de reprendre mes esprits. Je me dirige vers les toilettes où je passe longuement mes poignets sous l'eau fraîche. J'asperge aussi mon visage, comme pour me réveiller après une longue nuit de sommeil. Mais l'ivresse est toujours là. Elle a pris possession de moi. En retournant dans mon bureau, je cueille les quelques violettes qu'il a laissées sur son passage.

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MessageSujet: Re: Chapter 3   Ven 17 Juil - 22:53

waaaaaaaaaaaaaaaa J'adore!!! Tu sais je trouve que Gabriel me fais étrangement penser à Henry (Jonathan) dans Tudors. Mais j'aime. Je trouve ça génial. Merci beaucoup pour ton magnifique roman. C'est bien possible qu'à travers les lignes de ton texte on sente la présence de ton ami trop vite disparu. Seincaire condoléance... Sad

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MessageSujet: Re: Chapter 3   Sam 18 Juil - 17:09

one more chapter for my friends!

au fait, mon roman s'appelle "le chevalier de ravenne".

Claire – lundi 4 mai 1987 – 16 heures

Jeanne et Elodie, avec qui je prépare un mémoire sur la flore des espaces verts à Paris, m'ont donné rendez-vous au parc Monceau à seize heures et je vais être en retard. Je n'aime pas ça. Je presse le pas sur le trottoir déjà envahi par les touristes nonchalands, qui n'ont que faire de ma hâte. Devant moi, un couple âgé marche au ralenti, le nez en l'air, et occupe toute la largeur du trottoir. Après plusieurs hésitations, je tente une manoeuvre hasardeuse de dépassement et je viens heurter un jeune homme arrivant en sens inverse qui transporte un volumineux intrument de musique dans sa housse rigide. Un gros scarabée brillant dans la lumière. Je le percute et le classeur que je tiens à la main m'échappe. Son contenu va fatalement s'éparpiller sur le sol.

Je m'accroupis aussitôt pour récupérer mes précieux documents disséminés sur le trottoir, que les passants tentent d'éviter de leur mieux. Je suis furieuse contre moi même et, il faut bien le dire, un peu aussi contre ce jeune insecte malencontreux. Tout en continuant mon sauvetage, j'aperçois du coin de l'oeil une silhouette accroupie en face de moi. Je lève les yeux et, soudain, nos deux regards se rencontrent. Et je ne peux plus détacher mes yeux des siens. Nous restons un moment immobiles, indécis, comme pétrifiés. Il est le premier à briser le sortilège. Ses lèvres s'entrouvrent et je m'attends à des excuses. Mais il ne fait que sourire. D'abord ses yeux qui s'illuminent. Deux pervenches épanouies. Puis ses lèvres dessinent ce sourire inattendu. Je baisse les yeux à la hâte et je me replonge dans ma tâche. Il reprend son ramassage en silence.

“Tout de même, il ne manque pas de culot celui-là”. Je sens une colère muette monter en moi. Je ramasse à toute vitesse les papiers qui m'entourent et dès qu'il ne reste plus rien autour de moi, je me remets debout et je reste immobile devant lui, à le contempler de toute ma hauteur. Impassible, il continue sa collecte minutieuse, remettant chaque feuillet dans le bon sens avant d'en prendre un autre. Sentant mon regard courroucé qui pèse sur lui, il lève lentement les yeux et m'offre à nouveau deux fleurs innocentes. Je suis désarmée. Ma colère retombe instantanément. Sa cueillette terminé, il se relève et me tend le fruit de sa récolte en silence, juste avec le même sourire. J'hésite un instant, immobile, captivée par ce regard. J'attrape en aveugle la liasse de papier qu'il me tend sans quitter ses yeux.


  • Merci.
Il récupère son instrument qu'il avait posé à côté de lui et je le regarde reprendre sa route en silence, sans un mot. Ses vêtements un peu trop larges flottent autour de lui. Je ne saurais dire si c'est à cause de sa haute taille ou de sa démarche un peu lente qu'il me fait songer à une majestueuse goëlette que les caprices du vent auraient un moment ralenti et qui vogue à nouveau parmi l'océan de la foule.

Bien entendu, j'arrive en retard au parc Monceau et mes amies, qui m'ont attendue près de vingt minutes, sont d'assez méchante humeur. Nous avons décidé de mettre en commun le résultat de nos recherches et, ce soir, nous devions revérifier quelques constatations sur la liste des arbres du parc et leur emplacement. Elles sont déjà occupées à effectuer ces vérifications quand j'arrive. Je me joins à elles, mais mon aide n'est pas très efficace et elles ne manquent pas de me le faire remarquer par de petites boutades acides. Je suis totalement incapable de fixer mon attention sur autre chose que sur l'incident de cet après-midi. Sans cesse, mon esprit vagabonde et retourne à ce regard d'azur qui m'a envoûtée, à ce petit coin de paradis que j'ai entrevu. Je n'ai qu'une seule idée: comment faire pour le revoir?


  • Bon! Tu n'écoutes donc jamais quand je te parle!
Elodie me fixe avec un air courroucé.


  • Excuse moi, je pensais à autre chose.
  • C'est bien ce que je dis! Et tu peux me dire au moins à quoi ou à qui tu pensais?
  • A un garçon que j'ai rencontré tout à l'heure en venant.
A ces mots, la tension qui régnait dans le groupe se relâche instantanément. Je me laisse tomber sur la pelouse, assise en tailleur, et je me mets en devoir de raconter mon histoire à mes deux jeunes amies qui sont venues s'asseoir en face de moi et m'écoutent attentivement. Conseil de guerre dans la tribu des filles! A vingt-trois ans, je n'ai pas encore de petit ami attitré et mes amies rêvent de me voir rencontrer le prince charmant. Du coup, ma confidence fait naître en elles des espoirs qu' hélas le dénouement de l'anecdote ne va pas satisfaire.


  • Je ne le croiserai peut-être plus jamais et même, si tel était le cas, je serais bien incapable de le reconnaître! Je n'ai même pas vu son visage. Juste ses yeux. Et il ne m'a pas dit un seul mot.
Elles se moquent gentiment de moi mais Elodie, qui est toujours pleine de ressources et sur la sympathie de qui je peux compter, a vite fait de faire le point sur la situation et de me rassurer.


  • C'est pourtant facile! S'il portait un instrument, c'est qu'il est musicien. L'étui qu'il portait m'a d'ailleurs tout l'air d'être celui d'un violoncelle. Et si j'ai raison, il allait certainement au Conservatoire de la rue de Madrid, à deux pas d'ici. Tu n'as qu'à aller te renseigner sur les horaires de la classe de violoncelle auprès du concierge. Tu pourras t'arranger pour traîner dans les parages au moment opportun. Et voilà, l'affaire est dans le sac!
“L'affaire est dans le sac” C'est l'expression favorite d'Elodie et je ne peux m'empêcher de sourire en l'entendant conclure de si façon bassement matérialiste une histoire d'amour tellement romantique.


    <LI value=1>
    Merci ma chérie! Tu me sauves la vie! Je crois bien que je n'aurais jamais pensé à ça toute seule.

  • Pour les déductions, ce n'est pas la peine de venir te chercher! Tu fais un piètre esprit scientifique, tu sais!
Vexée de la voir ainsi mettre en doute mes capacités intellectuelles, je hausse un peu les épaules. Mais je suis incapable de lui en vouloir: elle vient de me rendre l'espoir!
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MessageSujet: Re: Chapter 3   Dim 19 Juil - 19:54

scratch Tu n'as pas posté deux fois le même? study

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MessageSujet: Re: Chapter 3   Dim 19 Juil - 20:08

ben non! je crois pas...
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MessageSujet: Re: Chapter 3   Lun 20 Juil - 11:11

oups pardon... Embarassed

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MessageSujet: Re: Chapter 3   Lun 20 Juil - 12:27

pas grave ma belle!

je reconnais que c'est un peu embrouillé....
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MessageSujet: Re: Chapter 3   Lun 20 Juil - 19:18

Ouais...ben après vérification, tu avais bien raison!!!! J'ai posté 2 fois le même!
Je te dois toutes mes plus plates et plus sincères excuses... Sorry sorry sorry! C'est tellement embrouillé (tangled en anglais, hihihi!!!) que je me suis mélangée les pinceaux toute seule.
Du coup, ça me permet de réaliser que j'aurais dû numéroter mes chapitres... Jamais trop tard pour bien faire. Tu vois à quel point ces échanges m'aident à avancer!

Bon, ce coup-ci, un chapitre que je n'avais pas encore posté (enfin j'espère...). Et encore toutes mes excuses ma petite Olivia!lol! lol! lol!

Bizoux à toutes et à tous!
Graziella – Mercredi 30 avril 2008 – 23 heures

Depuis ce matin, je suis dans un état de surexcitation que je n'avais jamais encore connu. Mille fois, j'ai failli retourner le voir pour lui dire que j'avais changé d'avis, et mille fois, j'ai renoncé à ce projet. Après tout, il avait l'air sincèrement heureux que j'accepte de l'accompagner et jamais je ne l'avais vu aussi animé et plaisant. Son visage assez sévère d'habitude s'est éclairé d'un franc sourire quand j'ai dit oui et ses yeux ont brillé d'un éclat que je ne leur connaissais pas. D'ordinaire si distant et détaché, il m'a paru soudain plus proche, accessible peut-être. Mais que sais-je de lui? De ses sentiments? De ses états d'âme? Le personnage du Prince d'Aquitaine que j'aime à lui faire incarner dans mes rêves n'a sans doute pas grand chose à voir avec sa véritable personnalité dont j'ignore tout. J'ai entrevu un peu de sa vie, j'ai partagé un peu de l'intimité de son corps, mais nous n'en sommes pas plus proches pour autant. Je n'ai fait que me tenir sur le seuil de sa maison. Il me paraît soudain évident que toute cette histoire n'a réellement d'intérêt qu'à mes pauvres yeux de gamine désoeuvrée et qu'en ce qui le concerne, il n'y attache sans doute pas la moindre importance. Ce n'est qu'un petit détail qu'il a aisément réglé et auquel il ne songe déjà plus depuis longtemps. Tout cela ne compte pas pour lui. Je ne compte pas.

Et pourtant, les images repassent dans ma tête. Les battements saccadés de son coeur, la douceur de sa peau et la chaleur de son corps sous mes doigts émus, la force de ses mains qui ont tenu mon visage. Nous ne sommes plus tout à fait étrangers l'un à l'autre.

Ce soir, je n'ai rien pu avaler en rentrant chez moi. Comme toujours quand quelque chose ne va pas, j'ai mis un CD dans ma chaîne et je me suis mise au lit sans même retirer mes vêtements. J'ai besoin de réfléchir, de faire le point sur tout ce qui vient de se passer, d'intégrer tout cela en moi.


Gabriel – Mercredi 30 avril 2008 – 23 heures 30

Ce soir encore, je ne trouve pas le sommeil. Mon cerveau a perdu depuis trop longtemps l'habitude de cesser de fonctionner. Pour ne pas inquiéter Maddy, ma vieille gouvernante, je me suis réfugié dans ma chambre où je tâche de me retrancher un moment, à l'abri de ce regard plein d'inquiétudes qu'elle fait peser sur moi. De ces questions muettes auxquelles il y a bien longtemps que je n'ai plus de réponse. Depuis quelques mois – depuis qu'elle a appris, à cause d'une malencontreuse indiscrétion de Béatrice, qu'il faudrait que je subisse assez vite une intervention chirurgicale et que je n'y suis pas décidé – ses yeux ne se détachent plus de moi. Un regard plein de terreur et de reproche aussi. Ce regard d'amour mêlé de rancoeur que les croyants ont parfois pour leur dieu et ses voies inpénétrables.

Après la mort de ma mère, alors que je n'avais que deux ans, Maddy a été la seule présence féminine de mon entourage à m'ouvrir ses bras. Des bras au creux desquels je pouvais à loisir me réfugier pour reconstituer la provision de douceur et de chaleur dont les tout petits enfants ont naturellement besoin. Du coup, j'ai reporté sur elle toute la tendresse et toute l'affection dont mon coeur débordait. En retour, elle m'a offert son amour, l'amour inconditionnel mais parfois possessif d'une mère. Et cette mère élective est devenue plus chère à mon coeur que les membres de ma propre famille. Même si je dois avouer que sa fâcheuse tendance à me tyranniser m'agace un peu parfois, je ne voudrais, pour rien au monde, lui causer du chagrin ou du souci. J'essaie toujours, avec plus ou moins de succès, d'afficher une humeur égale devant elle, pour tâcher de la rassurer. Mais depuis la semaine dernière, depuis l'appel de Béatrice, j'ai de plus en plus de difficulté à cacher mes tourments. Du coup, je sens en permanence ses yeux tristes posés sur moi, comme ceux d'une mère inquiète pour son enfant.

Les yeux d'une mère... Je ne me souviens pas des yeux de ma mère. Même en serrant fort les paupières pour essayer de me concentrer, comme je le faisais lorsque j'étais tout petit, je ne parviens jamais à revoir son visage. Il n'y a qu'une tache blanche. La couleur de l'absence et du vide. Cette impuissance me fait souffrir. Il ne me reste rien d'elle. Mon père a tout jeté. “On ne vit pas avec les morts”, disait-il. Juste une vieille photo fanée des années cinquante que Maddy avait gardée pour moi. Pour me conforter dans l'idée rassurante que je lui ressemble. Que j'ai ses yeux, dit-elle avec des larmes et un tremblement dans la voix. La photo que je garde précieusement dans mon portefeuille, dont je ne me sépare jamais. Je la prends un moment dans les mains pour la regarder, pour la toucher, pour tenter de m'apaiser. Mais le beau visage sans couleur m'est douloureusement étranger. Ces yeux qui paraissent si clairs, ce n'est pas sur moi qu'ils posent leur regard joyeux. A qui ce sourire éclatant était-il destiné? Elle paraît si jeune! Si insouciante! Comment cette jeune fille pourrait-elle être une mère, ma mère? Son absence m'a cruellement pesé durant toute mon enfance et mon adolescence mais aujourd'hui, plus que jamais, je sais qu'elle me manque. J'aurais besoin d'elle maintenant. Au moment d'affronter l'échec sans nom de ma vie conjugale. Au moment de prendre une décision sur mon avenir. A quoi bon me faire opérer, affronter ces semaines de coma, de souffrances physiques et morales, pour continuer ensuite à me débattre avec d'autres tourments. Je crois que je n'ai plus envie de continuer. Plus la force de continuer. Je pose mes lèvres un instant sur cette vieille image et je la range soigneusement dans mon portefeuille sur la commode. J'ai envie de lui demander pardon.
Je tourne en rond comme un fauve depuis plus d'une heure, les yeux écarquillés. La tête vide à force d'être trop pleine d'un désordre d'images et de sentiments qui s'y entrechoquent. Il me semble soudain qu'un peu de musique me ferait du bien. Un morceau que je vais écouter en boucle comme d'habitude, peut-être jusqu'à l'écoeurement. Cette musique de Vaughan-Williams que j'aimais tant et qui m'apaisait jadis lorsque je l'écoutais dans les bras de Claire. The Lark Ascending. Je me souviens que je lui avais offert la partition qui s'ouvre sur les vers de Meredith. Je devais les traduire pour elle car son anglais était trop hésitant. Puis je lui apprenais laborieusement à déchiffrer les notes, pendant des heures. La patience, la ténacité, la soif de savoir dont elle faisait preuve. Cette volonté tendue qui m'était étrangère et dont je m'émerveillais... Mais était-ce la musique ou Claire qui calmait la tempête dans mon coeur? Ce soir, je ne parviens même plus à suivre la mélodie et c'est en vain que mon esprit cherche la paix. Il va et vient comme un oiseau prisonnier dans sa cage de chair. Révolté, se cognant contre les barreaux et hurlant de rage et de douleur. Il refuse de se soumettre aux sentiments qui l'enserrent. Je voudrais crier mais je ne sais pas le faire. Jamais je n'ai pu apprivoiser la violence. Elle m'est étrangère.

J'ai éteint les lumières et je m'allonge sur mon lit pour tenter de trouver un peu de calme. J'étire mes membres endoloris par la tension nerveuse. Je ferme les yeux. Tous mes sens en sourdine, sauf l'ouïe qui va se fixer sur la mélodie. J'essaie de suivre la voix du violon qui s'élève, tounoie, redescend, comme l'alouette dans la lumière tendre d'un petit matin d'été. L'orchestre derrière elle qui la suit pas à pas puis, par instants, la soulève et la porte vers des hauteurs inespérées. Mais même cette voix me paraît froide et sans vie ce soir. Toute cette beauté que je ne suis même plus capable de ressentir! Toute cette paix qui ne peut plus pénétrer mon coeur révolté! Est-ce moi qui suis devenu froid? Ou suis-je devenu trop vieux? L'histoire du vieux roi David et d'Abishag la Sunamite me revient tout à coup en mémoire. Aurai-je moi aussi besoin de jeunesse pour réchauffer mon vieux coeur glacé? Est-ce la raison qui me fait rechercher la présence de Graziella? Serais-je devenu si vieux? Bientôt quarante deux ans. Cela ne signifie pas vraiment quelque chose pour moi. C'est comme si ces deux chiffres ne me concernaient pas. Ils ne disent rien de moi, de ce que je porte en moi, de ce que je ressens. En disant mon âge, j'ai l'impression de parler d'un d'autre. De quelqu'un que je ne connais pas, qui m'est indifférent. J'ai froid soudain. Un frisson qui court sur mon corps et dessine sur ma peau des milliers de protubérances minuscules.

Je n'y tiens plus. Il faut que je me lève et que je sorte. Au diable l'inquiétude de Maddy! J'enfile une chemise et un pantalon attrapés au hasard dans le dressing. Une paire de chaussures qui traîne là. La veste que je portais ce soir. Je glisse mon portefeuille dans la poche. Le visage souriant de ma mère serré sur mon coeur. Ces yeux insouciants de jeune femme... Je descends l'escalier en silence jusqu'au hall d'entrée. Tout est calme dans la maison. Je vais prendre la voiture et rouler sans but dans la nuit.

Cette étrange douceur dans les yeux de Graziella. Ce voyage avec elle est-il une bonne idée? Je ne le saurai qu'une fois que tout cela sera terminé. Et à dire vrai, je ne suis pas fâché de ne pas le savoir encore. Je ne pourrais pas dire pourquoi, en dehors du fantôme qu'elle a fait revivre, cette jeune femme, ou plutôt cette enfant, ne me laisse pas indifférent. Nous sommes tous poursuivis par nos propres démons. Le mien, c'est cet incohercible besoin de souffrir. Je m'étais pourtant juré d'esssayer de vivre sans plus jamais rien éprouver. Sans amour, sans douleur, sans haine, sans tendresse. Je m'étais promis une vie indolore, sous anesthésie. Ai-je failli à ma promesse? J'ignore ce qu'elle m'a fait ressentir exactement, ou, du moins, je veux encore l'ignorer. Je voudrais que ce soit de la reconnaissance pour son geste et pour sa discrétion, ou de la compassion pour sa fragilité et sa jeunesse... Mais je n'éprouve rien de tout cela! Pas un sentiment clairement défini sur lequel je pourrais tranquillement poser une étiquette. Le nommer, et accepter – ou refuser - de le reconnaître. C'est juste une sorte de trouble, à la fois dérangeant et délicieux, qui vient s'immiscer en moi dès qu'elle apparaît. Puis une sensation de paix qui m'inonde comme une vague et contre laquelle je dois lutter pour ne pas me laisser emporter.

Au plus profond de moi, je soupçonne que cette invitation n'est pas innocente. Pourtant, je rejette l'idée que je puisse chercher à avoir une aventure avec elle. Je me souviens de l'odeur tiède de ses cheveux, de la pression de ses seins fermes contre mes côtes, de ses petites mains tendres et fraîches. C'était juste rassurant, comme de serrer un enfant dans ses bras. Ou comme les bras d'une mère. Le contact de son corps tout contre le mien n'a pas éveillé de désir en moi. D'ailleurs, s'il y a une chose dont je suis sûr, c'est d'avoir renoncé à cela depuis longtemps. Depuis longtemps, l'amour n'est plus pour moi qu'un simple besoin physique à satisfaire. Depuis longtemps, ni mes mains, ni mes lèvres, ni même mes yeux n'ont plus caressé la peau d'une femme. J'ai choisi une vie sans souffrance mais sans douceur, sans passion mais sans baisers. Juste des mains professionnelles qui vont et viennent avec habileté sur mon corps, des lèvres expertes qui le caressent et le font vibrer. Comme jadis mon violoncelle, abandonné depuis vingt ans au grenier de mes espérances et de mes désirs. Négligemment posé à côté d'une silhouette brune qui s'éloigne en trébuchant dans la brume humide de ma mémoire.

Je roule lentement dans les ruelles vides de cette nuit parisienne où je tente désespérément de voir plus clair en moi. Pourquoi elle? Pourquoi l'avoir choisie? A cause de son prénom, qui, comme sa silhouette et ses yeux, me rappelle mon amour de jeunesse? Cette jeune femme à qui j'avais offert Graziella, le roman de Lamartine? Est-ce parce que son geste maternel a éveillé en moi un souvenir de ce bonheur dont je fus trop tôt sevré et fait naître une étincelle d'espoir que je n'arrive pas à éteindre? Peut-être simplement parce qu'elle est si différente de tout ce que j'ai connu et vécu jusqu'à présent? Fraîche, neuve, imparfaite. Peut-être parce que j'ai l'intuition profonde qu'elle peut peut-être apaiser mon âme et m'aider à accomplir mon destin. Le besoin supersticieux qu'ont les vieux du contact avec la jeunesse. Comme si elle était contagieuse...

Je sais que je risque de lui imposer une terrible épreuve, dont elle ne sortira pas indemme. J'ai conscience qu'elle risque de souffrir. Je me promets de faire en sorte que ce soit le moins possible... Soudain, je réalise que je m'invente des histoires, comme un enfant. Comme un adolescent amoureux. Amoureux. Je ne sais même plus ce que cela veut dire. Tout cela n'existe que dans mon esprit. Sans doute, de son côté, n'y accorde-t-elle aucune importance. Quel souvenir cette enfant pourrait-elle garder des bras d'un vieil homme? David et Abischag. Peut-être a-t-elle déjà tout oublié. Je me souviens de ses réticences à accepter mon invitation, de ses hésitations. Pourtant, lorsque ses yeux ont croisé les miens, il m'a semblé qu'ils y voyaient les mêmes images. Celles qui, depuis des jours et des jours, obsèdent mes pensées. Deux silhouettes tremblantes dans l'obscurité. Deux corps qui s'étreignent, qui s'absorbent pour tenter de ne faire qu'un.

Des lumières m'éblouissent soudain et me ramènent à la réalité. J'ai roulé jusqu'à la place de l'Etoile. J'ai traversé toute la ville sans m'en rendre compte. Je vais faire demi-tour et rentrer.
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MessageSujet: Re: Chapter 3   Lun 20 Juil - 20:45

Y a pas de mal. Ça arrive à tout le monde Winkbisous

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MessageSujet: Re: Chapter 3   Lun 20 Juil - 23:11

fou Encore toutes mes excuses ma petite Olivia chérie...
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MessageSujet: Re: Chapter 3   Mer 30 Sep - 16:49

Alors là je vous recommande vivement à tous de la lire cette histoire! Elle est trop bien et trop triste aussi... Mais vraiment je n'ai qu'un mot à dire chapeau bas madame l'écrivaine

Non, sérieusement, elle est vraiment super, bha moi je n'ai qu'à me rhabiller avec mes p'tites fanfic...

bonne lecture à tous

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MessageSujet: Re: Chapter 3   Jeu 1 Oct - 16:40

Merci ma petite Titi! Tu es vraiment trop gentille et c'est pour ça que tout le monde t'adore!
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MessageSujet: Re: Chapter 3   Jeu 1 Oct - 18:03

Alors la tu me fais rougir...

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